Avec une sélection d'oeuvres de :
Pierre ARDOUVIN / Jean-Charles BLAIS / Agustin CARDENAS / Chu Teh CHUN / Jean DUBUFFET / Alberto GIACOMETTI / José LEVY / Kimiyo MISHIMA / Bernard PLOSSU / Arnulf RAINER / Mimmo ROTELLA / Sterling RUBY / Gérard SCHNEIDER / Kiki SMITH / Hiroshi SUGIMOTO / Georges VALMIER / Bernar VENET / Claude VIALLAT
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
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Charles Baudelaire, « Correspondances », Les Fleurs du mal, 1857.
Dans Correspondances, Baudelaire décrit un monde où rien n'est tout à fait muet. Les formes, les sons, les matières — tout semble se parler, se répondre, tisser entre eux des liens que l'œil ne saisit pas d'emblée. La nature y est un temple qui murmure, mais en « confuses paroles », comme si le sens se tenait toujours un peu en retrait, accessible et fuyant à la fois.
C'est cette même tension qui a guidé la conception de Dans l'ombre des formes. Non pas une exposition sur la forme en tant que telle — sur le contour, la figure, la structure — mais sur ce moment étrange où la forme hésite : où elle commence à exister, ou bien commence à disparaître. Ce seuil-là, fragile et fugace, est au cœur du projet.
Les œuvres réunies ici naissent de gestes, de traces, de matières, parfois de vides. Certaines font surgir une présence depuis un fond sombre ; d'autres maintiennent quelque chose en suspens, entre apparition et effacement. Un fragment, une lacération, une empreinte, une surface usée — tout cela peut devenir, dans certaines conditions de lumière et de regard, une présence à part entière. Quelque chose qui trouble, qui déplace, qui résiste à être entièrement nommé.
Ce que l'exposition cherche, c'est peut-être cela : ce moment où l'on croit reconnaître quelque chose, et où quelque chose nous échappe quand même. La part silencieuse de la matière. L'énergie retenue d'un geste. La mémoire flottante d'une image. Ces œuvres ne se ressemblent pas nécessairement, mais elles dialoguent — comme les sensations chez Baudelaire se répondent sans se confondre.
Dans l'ombre, la forme ne disparaît pas. Elle persiste autrement — plus incertaine, peut-être, mais aussi plus proche de ce que le regard cherche sans toujours pouvoir le saisir.
